Le précariat des médias doit reprendre le combat

Les Assises Internationales du Journalisme lancent un appel solennel à une réorganisation active de la profession et à l’émergence de nouvelles formes de solidarité. Double objectif: enrayer la dégradation de la qualité de l’information et stopper la précarisation galopante des journalistes.

STRASBOURG/CLAUDINE GIROD*

 «Quand des journalistes acceptent de faire des piges pour 30 euros le feuillet, on se demande jusqu’où va continuer la descente aux enfers!». Pour Martine Rossard, déléguée du Syndicat National des Journalistes (SNJ) – organisation de militants majoritaire dans le paysage médiatique de l’Hexagone – «le dévoiement du statut de journaliste est inadmissible». «En matière de rémunération, on trouve tout et n’importe quoi. Aucun barème pour les piges!… C’est comme s’il n’y avait pas de SMIC en France !!!»

Les éditeurs tiennent le couteau par le manche. Nombre d’entre eux imposent leurs conditions aux journalistes traités comme des petites mains, simples «fournisseurs d’articles». De telles pratiques ne sont certes pas nouvelles, le patron de presse vertueux ayant toujours fait figure d’exception. Des voix se sont élevées depuis plus d’une décennie pour dénoncer la dégradation des conditions de travail et son impact sur la qualité journalistique.  Elles ont malheureusement longtemps prêché dans le désert.

Les travers de la presse, Balzac les dénonce déjà dans Les Illusions Perdues. Mais la grande nouveauté réside dans la diversification des modalités de précarisation, toujours plus nombreuses et efficaces. Les témoignages sont légion. Au Progrès de Lyon, certains pigistes sont au même tarif depuis 15 ans. Des jeunes aspirants journalistes, diplômés de l’Institut d’études politiques, se voient contraints d’accepter des stages d’un an payés 400 euros par mois. Et on leur fait bien comprendre qu’ils doivent s’estimer chanceux !

Tout se passe comme s’il y avait désormais différentes catégories de précaires au sein d’une profession qui, globalement, se précarise.  Le statut de salarié est lui aussi menacé. De plus en plus d’entreprises de presse proposent aux pigistes d’être rémunérés en droits d’auteur ou en facture via un statut d’auto-entrepreneur. Un piège, un miroir aux alouettes dans lequel tombent grand nombre de jeunes. « L’impact de la précarité sur la qualité de l’information est indéniable. La restriction des coûts est telle que les permanents d’une rédaction font de moins en moins de terrain. Grand reporter désormais, c’est pour ceux qui vont jusqu’à la zone 5 du RER »,  ironise le vice-président de la Commission de la Carte d’identité des journalistes professionnels, Eric Marquis du magazine L’Express.

« C’est à nous de nous organiser. Nous ne pouvons pas rester en permanence dans le registre de la plainte et de la revendication. Nous devons stopper cette spirale infernale et faire en sorte que les conditions ne se dégradent pas davantage. Si ce n’est pas déjà trop tard ! », alerte Raphaël Baldos du collectif Objectif Plume (www.objectif-plume.fr). Recenser les mauvaises pratiques des employeurs, trouver des solutions pour les jeunes qui, souvent malgré eux, font du dumping dans l’espoir de faire leur place, se syndiquer dès l’entrée dans le monde du travail, autant de pistes pour tenter de sortir de l’ornière.

 «Je ne veux pas jeter la pierre aux précaires. Mais 90% des pigistes ont une ignorance crasse de leur statut; c’est affligeant ! », déplore de son côté Bruno Crozat, auteur du Guide de la pige et membre de l’association Profession Pigiste (www.pigiste.org). «Il faut promouvoir de nouvelles solidarités et se rappeler qu’être pigiste, c’est aussi une formidable indépendance » ! Une indépendance que d’aucuns payent fort cher: de nombreux journalistes indépendants ont tout bonnement jeté l’éponge et renoncé à exercer une profession qui était aussi leur vocation.

 * Article publié dans M-Magazine (COMEDIA)

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