Le mot de “révolution ” doit être complètement repensé. La nouvelle idée de révolution n’est ni de promesse ni d’achèvement. Ce n’est plus le mot- solution, c’est le mot-problème. La solution: le parti révolutionnaire, la classe révolutionnaire la conquête du pouvoir, l’appropriation des moyens de production, la connaissance des lois de la société, c’est cela qui justement fait tragiquement problème.
Il n’y a plus de parti messie, de classe-messie, de peuple-messie, d’idée-messie. Il ne s’agit pas seulement d’éliminer l’ancienne classe dominante: sur le sol arasé naît la nouvelle classe et la nouvelle et très vieille domination: il faut donc s’attaquer au problème de la domination dans ses structures mentales et organisationnelles. Il ne s’agit pas tant d’approprier collectivement les moyens de production, il faut les déproprier collectivement et donner autonomie aux collectivités.
La révolution ne doit pas se borner à transformer une supposée infrastructure à partir de quoi se diffuserait le changement sur toutes les superstructures. Les révolutionnaires du siècle passé étaient hantés par le problème: par où, comment commencer? Par l’éducation? Mais Marx avait justement critiqué la thèse de Feuerbach sur le primat de l’éducation: qui éduquera les éducateurs?
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Où va le monde/Edgard MORIN/Editions L’Herne/Pages75-76